Retour sur «COVID-19 : des réponses à vos questions»

AstraZeneca : deux cas de thrombocytopénie au Québec

Le 13 avril, le MSSS a confirmé qu’un premier cas de thrombocytopénie avec thrombose est survenu au Québec dans les derniers jours à la suite de l’administration du vaccin d’AstraZeneca (Covishield). Il s’agit du premier cas au Canada. La personne a été prise en charge par le réseau de la santé et des services sociaux et elle a reçu les soins appropriés à son état. Elle récupère maintenant à son domicile et on ne craint pas pour sa vie.

Le 17 avril, la médecin-hygiéniste en chef de l’Alberta a précisé qu’un patient, dans la soixantaine, en convalescence est le deuxième Canadien à subir cette maladie rare, appelée « thrombocytopénie immunitaire prothrombotique induite par le vaccin » (TIPIV). Le 23 avril, deux autres cas avaient été signalés.

En date du 27 avril, 400 000 doses du vaccin d’AstraZeneca ont été administré au Québec. 2 cas de TIPIV ont été confirmés, dont un s’est conclu par un décès.

Cette situation ne remet pas en cause la vaccination avec le AstraZeneca dans ce groupe d’âge, assurent les autorités. Les bénéfices de ce vaccin semblent d’ailleurs augmenter avec l’âge. Les cas de thrombose avec thrombocytopénie sont considérés comme une complication possible du vaccin, mais demeurent très rares, soit environ 1 cas sur 100 000 ou sur 250 000 vaccins administrés.

TIPIV vs Thrombose

Les TIPIV causées par les vaccins à vecteur viral (AstraZenca, Janssen) sont atypiques par leur localisation : elles touchent « des veines du cerveau (thrombose des sinus veineux cérébraux) » et, dans une moindre mesure, de l’abdomen, a indiqué le 7 avril l’Agence européenne des médicaments (EMA) au sujet d’AstraZeneca.

Outre leur localisation, ces thromboses intriguent, car elles s’accompagnent d’une chute du niveau de plaquettes sanguines, les cellules qui aident le sang à coaguler. Plutôt que de flotter librement, ces fragments cellulaires s’agglutinent et forment des bouchons.

Paradoxalement, cela peut donc provoquer des hémorragies en plus des caillots sanguins.

« Le traitement de ce type particulier de caillots sanguins est différent de celui qui serait habituellement administré », avertissent ainsi la FDA et les CDC.

Comment le vaccin entraîne une TIPIV ?

Une hypothèse avancée est une réponse immunitaire anormale et puissante, la source du problème, donc, serait de nature auto-immune.

Deux études européennes ont confirmé que des anticorps associés à une petite protéine du système immunitaire (nommée le « facteur plaquettaire 4 », ou PF4) jouaient un rôle dans la création des caillots indésirés. Une explication possible est que l’adénovirus, à la base du vaccin, agisse comme un « cheval de Troie » : l’adénovirus contient le matériel génétique des petits pics du coronavirus. Après l’injection, il est possible que certains adénovirus se brisent et libèrent leur propre ADN. Ces fragments possèdent une charge électrique négative. La protéine PF4 possède quant à elle une charge positive. Comme de minuscules aimants, les deux morceaux pourraient ainsi avoir tendance à se coller ensemble, faisant tomber le premier domino menant au caillot.

Protocole en place

Selon le MSSS, des protocoles efficaces ont été mis en place au cours des dernières semaines au Québec et de la formation a été donnée aux équipes concernées afin de détecter et traiter ce type de complications. Ces protocoles rigoureux et rapides se déroulent en trois étapes: les symptômes, l’analyse sanguine et les tests médicaux.

Les rares symptômes indésirables surviennent habituellement dans les jours qui suivent la vaccination. Une personne récemment vaccinée doit consulter rapidement un médecin ou contacter Info-Santé si elle observe ces symptômes dans les jours suivants la vaccination: maux de tête graves ou persistants, vision trouble, douleur à la poitrine, essoufflement, enflure des jambes, membre froid, douleur abdominale persistante, présence de contusions (bleus) sur la peau.

Risque comparé

Dans le monde, le taux d’incidence de la TIPIV est estimé à environ entre 1/100 000 cas à 1/250 000.

En Europe, selon les chiffres de l’EMA le 4 avril, on recense 222 cas de ces thromboses atypiques sur 34 millions d’injections réalisées avec AstraZeneca dans l’Espace économique européen (UE, Islande, Norvège, Liechtenstein) et le Royaume-Uni. Cela s’est soldé par 18 décès.

Le 23 avril, une nouvelle étude de l’EMA indiquait que le risque diminuait avec l’âge :

  • 1,9 / 100 000 chez les personnes de 20 à 29 ans
  • 1,8 / 100 000 chez les personnes de 30 à 39 ans
  • 2,1 / 100 000 chez les personnes entre 40 à 49 ans
  • 1,1 / 100 000 chez les personnes entre 50 à 59 ans
  • 1 / 100 000 chez les personnes entre 60 à 69 ans
  • 0,5 / 100 000 chez les personnes entre 70 à 79 ans
  • 0,4 / 100 000 chez les personnes de plus de 80 ans

Au Québec, en date du 12 avril, 112 351 doses de vaccin Covishield et 73 426 doses du vaccin AstraZeneca ont été administrées au Québec. Le taux de TIPIV serait donc d’environ 1 / 100 000 doses de vaccin administrées, soit approximativement le même taux que celui rapporté ailleurs dans le monde.

Différents chiffres sont avancés, selon les études sur différentes populations effectuant différentes comparaisons :

  • Les personnes de 55 ans et plus qui attrapent la COVID-19 ont 1 chance sur 200 de mourir de cette infection.
  • Les personnes de 55 ans et plus ont 8000 fois plus de risque de mourir de la COVID que du vaccin.
  • Quand le virus circule fortement, le risque causé par la COVID-19 est 6 fois plus grand que celui causé par le vaccin dans la tranche d’âge 20-29 ans. Mais il devient 600 fois plus important quand on passe à la tranche d’âge 60-69 ans.

«Le risque de complication est quand même de 4 à 10 par million, ce qui est très rare. C’est beaucoup moins que ceux qui prennent la pilule contraceptive, ceux qui fument, ou encore pire, ceux qui attrapent la COVID», a affirmé Lionel Carmant, en précisant que le risque de faire une thrombose est 50 000 fois plus élevé lorsqu’on contracte le virus.

Mise en perspective

  • « L’héparine, un anticoagulant qui est administré à la plupart des personnes qui subissent une chirurgie, ainsi qu’aux individus souffrant de complications de la COVID-19, peut aussi provoquer une réaction auto-immune semblable à celle que semble induire très rarement le vaccin d’AstraZeneca », affirme le Dr Normand Blais, hématologue au CHUM. Cette réaction, appelée thrombopénie induite par l’héparine, survient chez 1/1 000 personne, elle est donc 100 fois plus fréquente que la TIPIV induite vraisemblablement par le vaccin, telle qu’elle a été recensée à ce jour en Allemagne.
  • « Pour des raisons encore inconnues, la pilule contraceptive peut provoquer chez certaines femmes qui l’utilisent la formation de caillots [thromboses] », souligne le Dr Don Vinh du CUSM. Cette complication qui est « impossible à prévoir » survient en moyenne chez 1/10 000 femmes, affirme la Dre Catherine Taillefer, gynécologue au CHU Sainte-Justine.
  • Les voyages en avion de longue distance s’accompagnent aussi d’un risque de thromboses non négligeable, fait remarquer le Dr Blais. Le risque de développer une thrombose est évalué à 1/5 944 (1 évènement sur 5 944 vols). Si une personne prend l’avion plus d’une fois dans une période de quatre semaines, son risque de caillot est alors légèrement plus élevé.

Facteurs de risque

Après étude, en date du 14 avril, Santé Canada n’a pas trouvé de facteurs de risques particuliers, comme l’âge ou le sexe, associés à ces caillots sanguins très rares. Par conséquent, son utilisation n’est pas restreinte à certaines populations par le régulateur fédéral.

« Selon l’examen des données accessibles provenant de l’Europe et du Royaume-Uni et d’AstraZeneca, aucun facteur de risque n’a été cerné. Par conséquent, Santé Canada ne limite pas, pour le moment, l’utilisation du vaccin pour certaines populations »

Les comités d’immunisation ont donc établi des recommandations en contrebalançant le principe de précaution, dans l’attente d’une meilleure compréhension des cas de TIPIV observés, et l’évaluation du rapport risques-bénéfices pour différents groupes de population. Le nombre de doses disponibles et la situation épidémiologique sont aussi des facteurs pris en compte dans l’élaboration de ces recommandations.

Ainsi, Québec, comme d’autres provinces et États a limité l’utilisation du vaccin AstraZeneca aux moins de 55 ans fin mars. Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a examiné les données accessibles et modifié sa recommandation le 20 avril : de ne pas administrer le vaccin aux personnes de moins de 45 ans, tandis qu’au niveau fédéral, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a changé sa recommandation le 23 avril et suggère désormais que le vaccin d’AstraZeneca puisse être offert aux personnes âgées de 30 ans et plus qui ne présentent aucune contre-indication.

Par ailleurs, les maladies auto-immunes sont plus fréquentes chez les femmes. De manière générale, les femmes ont de plus fortes réactions immunitaires aux vaccins, ce qui pourrait leur donner un avantage quand elles combattent la COVID-19, mais exacerber les effets secondaires des vaccins.

Prendre une décision éclairée

La mise à jour des recommandations du CCNI sur l’utilisation du vaccin AstraZeneca le 23 avril, a fait suite à l’évaluation du risque de contracter la TIPIV, les risques d’exposition à la COVID-19 et les avantages du vaccin pour prévenir des formes graves de la COVID-19 pour différents groupes d’âge. En effet, si aucun facteur de risque clair n’est associé à la TIPIV, l’âge est toutefois l’un des facteurs de risque clés lié aux complications graves de la COVID-19.

Le Conseil des médecins hygiénistes du Canada recommande de considérer les éléments suivants :

  • votre risque d’exposition à la COVID-19 et les mesures que vous pouvez prendre pour atténuer ce risque (ex: rester à la maison ou devoir sortir pour se rendre au travail);
  • votre risque de développer des complications graves de la COVID-19 en raison de votre âge ou de troubles médicaux sous-jacents;
  • le bénéfice d’être vacciné plus rapidement contre la COVID-19.

Dans son avis du 20 avril, le CIQ recommande un vaccin à ARNm :

  • aux femmes enceintes, étant donné qu’il existe plus de données sur leur aspect sécuritaire,
  • aux personnes ayant un antécédent de thrombocytopénie induite par l’héparine, malgré l’absence de données, par mesure de précaution.

Pour en savoir plus sur les vaccins contre la COVID-19 homologués par Santé Canada, notamment les mises à jour après la mise en marché, visiter le Portail des vaccins et traitements pour la COVID-19.

Sources :