Retour sur «COVID-19 : des réponses à vos questions»

Vaccination obligatoire : Inquiétudes en RPA

La vaccination obligatoire des intervenants du réseau de la santé menace de faire mal aux résidences privées pour personnes âgées. Avec environ 20% des 40 000 employés qui pourraient ne pas être vaccinés au 15 octobre, le Regroupement québécois des résidences pour aînés redoute des ruptures de services. «Ça va être extrêmement difficile», ne cache pas le président, Yves Desjardins.

Qu’importe la région, qu’importe qu’il s’agisse d’un petit, d’un moyen ou d’un grand établissement, plusieurs résidences font déjà face à des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. Des soins aux services d’alimentation, les bras manquent. La vaccination obligatoire des travailleurs, anticipe-t-on, les mettra encore davantage à mal.

Sans disposer de chiffres officiels du ministère de la Santé et des Services sociaux sur le taux de couverture vaccinale des employés, le RQRA estime qu’environ 8000 des 40 000 travailleurs visés par le décret gouvernemental pourraient ne pas être vaccinés adéquatement à la date prévue du 15 octobre prochain.

Craignant que «ça coince» pour eux, des propriétaires font appel au regroupement, car ils peinent à faire des «choix déchirants». À deux semaines de la date butoir, la question que se posent certains est «est-ce que je vais laisser mes aînés sans services ou je vais défier le décret?» rapporte avec désolation le président, Yves Desjardins.

«Bris de services» anticipés

Les membres qu’il représente ont «tellement de cœur», ils ne voudront pas couper les services à leurs usagers. Dans quelques cas, ils font toutefois face à un difficile constat: les «bris de services» sont imminents.

«On doit déposer un plan de contingence dans les prochains jours, mais on n’en a pas de solutions de rechange. Normalement, en cas de bris de service, on fait appel aux CISSS et CIUSSS, on s’entraide. Mais ce coup-ci, ils vont prioriser le réseau de la santé qui ne peut pas aider les autres quand il ne peut pas s’aider lui-même», mentionne le président de l’organisation.

Le coup promet d’être d’autant plus dur dans plusieurs petites résidences de moins de cinquante unités – il y en a plus d’un millier au Québec – là où les salariés sont généralement très peu nombreux en temps normal. Souvent, les membres d’une même famille s’entraident entre eux.

«Il va falloir trouver des moyens, c’est tout, c’est ce qu’on s’est fait répondre. On a déposé un mémoire en commission parlementaire pour dire qu’on risquait des bris de services. Rien n’y fait, le décret va s’appliquer à compter du 15 octobre.»

Éclosions et augmentation des cas

Le RQRA, alimenté par la demande de membres, a d’ailleurs questionné le gouvernement du Québec, tâtant la possibilité d’accorder un délai supplémentaire aux résidences pour aînés qui font face à des ruptures de services.

«La réponse, c’est non, rapporte M. Desjardins. Le décret est là et le gouvernement ne reculera pas», poursuit-il en précisant que nul n’est contre la vaccination. «Mais est-ce qu’on [aurait pu] passer par du dépistage pour éviter d’avoir plus de problèmes? Ça n’a pas été retenu comme solution, malgré nos efforts.»

Bien que la décision d’imposer la vaccination aux travailleurs en contact avec la clientèle vulnérable soit «justifiée», notamment par une augmentation récente des nouvelles infections dans les établissements privés pour personnes âgées, la «conséquence» n’en est pas moins regrettable, selon lui.

Surtout que pour l’instant du moins, la hausse des nouveaux cas demeure concentrée dans quelques établissements. Les données parues jeudi montraient 97 personnes infectées dans 26 éclosions. La moitié des cas était cependant recensée dans deux résidences. Deux sur 1700, au Québec.

Avec 95% des usagers vaccinés de leurs deux doses, peu d’hospitalisations et de décès sont rapportés dans les RPA. Après le port du masque imposé dans les aires communes dans certaines régions, les restrictions seront par ailleurs bientôt resserrées davantage. Tous les visiteurs qui y pénètrent devront par exemple montrer une preuve de vaccination et les aînés se verront offrir une troisième dose de vaccin contre la COVID-19.

Au final, «on veut bien les protéger, mais ils ont le droit de sortir, les aînés, on n’est pas en confinement. Donc on rajoute des mesures en RPA et on va contrôler les [visiteurs], ce qui sera très difficile», prévient le président du RQRA, alors qu’il s’attend à un «contournement» des règles.

Le RQRA assure qu’il sera toujours garant des mesures sanitaires dictées par les autorités concernées.

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