Retour sur «COVID-19 : des réponses à vos questions»

Le délestage s’accélère

Le 7 janvier, déjà trois régions étaient passées au niveau le plus élevé du délestage et d’autres suivront la semaine prochaine, a prévenu le ministère de la Santé.

Les établissements concernés ont obtenu le feu vert du gouvernement pour passer au palier 4 du délestage, puisque la réduction de 50 % des chirurgies (palier 3) n’a pas été suffisante pour juguler l’afflux massif de malades de la COVID-19 dans leurs hôpitaux.

Toutefois, selon les chiffres obtenus par Radio Canada, la capacité que devait dégager le niveau 4 est déjà dépassée, le gouvernement envisagerait de créer un niveau 5 de délestage pour libérer encore plus de lits et de personnel. Selon un document interne du MSSS, le délestage de niveau 4 devait libérer dans la province une capacité de 2124 lits d’hospitalisation pour les patients atteints de la COVID-19, à l’extérieur des soins intensifs. Or, cette capacité est atteinte depuis le 9 janvier. Le 10, on dénombrait même 2306 hospitalisations COVID hors soins intensifs.

Alors que des hôpitaux du Québec sont déjà remplis aux tiers de patients infectés par le virus, Dr Gilbert Boucher,  président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, explique que de plus en plus d’établissements cessent de déplacer ces patients dans des unités COVID, sauf quand ils ont des symptômes respiratoires.

Des établissements de santé ont commencé à louer des espaces à l’extérieur des hôpitaux pour libérer des lits.

La situation à Montréal

Selon les informations de Radio Canada, la plupart des centres hospitaliers de la métropole ont dépassé leur capacité de lits d’hospitalisation du niveau d’alerte 3. C’est particulièrement le cas au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, qui comptait 122 hospitalisations jeudi, soit plus du double du nombre de lits prévus au palier 3 pour des patients atteints de la COVID-19. Les CIUSSS du Nord, de l’Ouest et du Centre-Ouest de l’île de Montréal ont aussi surpassé leur capacité d’hospitalisation COVID, de même que le CHUM.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a basculé au stade 4 du délestage le 10 janvier, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal le 14 janvier.

Le Centre universitaire de santé McGill n’a pas dépassé sa capacité de niveau 3 en hospitalisations. En revanche, il déborde aux soins intensifs avec 40 % de patients COVID de plus que prévu.

Niveau 4

Selon la directive du MSSS

  • Jusqu’à 80 % des opérations chirurgicales pourront être reportées en conservant les urgences.
  • Fermeture possible de petites, moyennes et grandes salles d’urgence, « lorsqu’une autre urgence est à proximité pour réorienter la clientèle ».
  • Si vous vous présentez à l’urgence pour un cas peu grave (priorités 4 et 5), comme la moitié des visites en temps normal, vous pourriez être réorienté vers une clinique.
  • Les maisons de naissance seront mises à contribution pour effectuer des accouchements à bas risque qui auraient dû se faire en milieu hospitalier.
  • Des suivis de grossesses peuvent être relocalisés de petites structures vers de plus grosses, « en fonction des volumes d’activités et des particularités géographiques ». Un hébergement sera offert aux parents qui doivent se déplacer sur une longue distance.
  • En pédiatrie, les activités seront concentrées vers un service régional, mais les soins intensifs pédiatriques ne seront pas touchés.
  • En cancérologie, les personnes présentant un état « semi-urgent » pour qui le traitement en milieu hospitalier n’est pas nécessaire pourraient voir leur rendez-vous être reporté.
  • Pour les cas d’AVC, d’infarctus et en traumatologie, les activités seront concentrées sur certains centres « afin de favoriser la convergence des ressources ». La radiologie sera réservée aux patients sur civière.
  • La fréquence des traitements d’hémodialyse sera réévaluée selon l’avis médical, sans report de rendez-vous, et en endoscopie, les délais seront revus et des reports de rendez-vous auront lieu.
  • En ce qui concerne l’hémodynamie et l’électrophysiologie, tout ce qui est non urgent sera réduit « au minimum ».
  • Pour les patients en fin de vie, on n’optera plus pour l’hospitalisation à domicile. Le transfert en maison de soins palliatifs sera privilégié. L’aide médicale à mourir demeurera utilisée.
  • En ce qui concerne les services sociaux, il n’y aura plus de consultation sociale ou psychologique, sauf dans les situations exceptionnelles. Les personnes seront redirigées vers la ligne Info-Social 811.

CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal

Les hôpitaux Sacré-Coeur-de-Montréal, Fleury et Jean-Talon reporteront davantage d’opérations et certains suivis seront reportés afin de libérer encore plus de lits pour faire face à la déferlante du variant Omicron du coronavirus.

En revanche, toutes les chirurgies urgentes ou semi-urgentes et les cas d’oncologie sont maintenus. Les chirurgies d’un jour sont priorisées selon la gravité de la situation. Les chirurgies cardiaques sont quant à elles diminuées de 50 %.

Des voix s’élèvent

L’intensification du délestage n’est pas digérée par plusieurs médecins sur le terrain. « C’est une forme de triage en faveur des [cas de] COVID-19 », croit l’interniste-gériatre à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, de Terrebonne, Annik Dupras.

« On reporte [les opérations] pour des patients qui ont de la douleur, des pertes fonctionnelles, ce qui les met à risque de développer des épisodes aigus », dit-elle.

« Se faire reporter l’opération de sa hanche, ça ne va pas tuer dans l’immédiat, mais ça va peut-être tuer ta qualité de vie, ta capacité de travailler. […] Il faut que ce soit le plus bref possible, car les gens qui sont retardés, on va les avoir dans nos hôpitaux plus tard, parce qu’ils vont être encore plus malades. » – Amélie Boisclair, médecine intensiviste à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur

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