La majorité des travailleurs sociaux du Québec estime que la création de Santé Québec (2024) a entraîné une dégradation de l’accès et de la qualité des services sociaux, et anticipe une poursuite de cette tendance. Selon un sondage de leur ordre professionnel, 58 % jugent que l’accès s’est détérioré et 70 % prévoient qu’il continuera de se dégrader. La moitié des répondants perçoivent un impact négatif sur la qualité des services. Néanmoins, 72 % se disent satisfaits de leur profession.
Les critiques portent notamment sur l’invisibilisation des services sociaux au sein de cette structure et sur une gestion axée sur des indicateurs quantitatifs (nombre de dossiers ou d’interventions), plutôt que sur la qualité, la complexité des situations et les résultats pour les usagers. Ce mode de gestion favorise des interventions plus rapides mais moins adaptées (cf. fermeture prématurée des épisodes de services) ; il réduit également les activités de prévention et d’accompagnement et contribue à une perte de sens du travail.
La lourdeur administrative constitue aussi un obstacle majeur. Dans le soutien à domicile, par exemple, des formulaires longs et comportant de nombreuses questions doivent être remplis sur plusieurs rencontres, sans que les services offerts répondent ensuite aux besoins identifiés.
L’Ordre recommande de renforcer l’autonomie des travailleurs sociaux, de revoir les indicateurs de performance, d’améliorer les conditions d’exercice, et de prioriser la qualité et l’accès aux services de première ligne. De son côté, Santé Québec affirme que les délais d’accès s’améliorent au-delà des cibles gouvernementales : plus de 75 % des usagers reçoivent désormais des services dans les délais prescrits.