Depuis le 12 mai 2025, l’Assemblée nationale française débat d’un projet de loi visant à instaurer un droit à l’aide à mourir pour les personnes majeures atteintes de maladies graves et incurables, dont les souffrances sont jugées insupportables. Ce débat intervient dans un contexte où les dispositifs d’accompagnement de la fin de vie déjà en place sont jugés insuffisants par certains et satisfaisants par d’autres.
Plusieurs collectifs représentant des personnes handicapées s’alarment du fait que cette loi, bien qu’elle n’évoque pas explicitement le handicap, pourrait exposer des personnes « vulnérables » à une forme de pression implicite à choisir la mort. Ces inquiétudes s’ancrent dans un contexte de précarité, d’exclusion, de manque d’accès aux soins palliatifs et de discrimination systémique. Certains militants dénoncent un message implicite selon lequel « certaines vies ne valent pas la peine d’être vécues ».
Le projet de loi prévoit que l’aide à mourir serait ouverte aux personnes souffrant d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale, avec une souffrance constante. Or, selon les critiques, ces critères incluraient des millions de personnes vivant avec des maladies chroniques ou des handicaps sévères, sans que leur pronostic vital soit engagé à court terme.
Des experts en droit, notamment des juristes spécialisés en bioéthique, soulignent que le texte actuel ne prévoit pas de décision collégiale obligatoire ni de recours systématique à des spécialistes des soins palliatifs ou psychologiques. Un seul médecin, après consultation d’un autre professionnel, pourrait approuver la demande, ce qui est jugé insuffisant.
Les auteurs de la loi affirment que le texte ne cible ni les personnes âgées ni les personnes handicapées, mais uniquement les patients gravement malades, aptes à exprimer une volonté libre et éclairée. Le gouvernement insiste sur le respect de l’autodétermination individuelle, considérée comme centrale. Le texte a d’ailleurs été amendé pour garantir des moyens d’expression adaptés aux personnes qui n’ont pas accès à l’écrit ou à l’oral.
Certains collectifs ne s’opposent pas au principe de l’aide à mourir, mais demandent des garanties strictes pour éviter deux dérives opposées : refuser l’accès à ceux qui en ont légitimement besoin ou l’imposer à ceux qui ne souhaitent pas y recourir.
Plusieurs critiques s’appuient sur des exemples internationaux, comme le Canada, où l’aide à mourir a été progressivement élargie à des publics initialement non concernés. Ils craignent que l’absence de soins appropriés puisse rendre la mort assistée plus accessible qu’une vie digne.
En savoir plus
- Fin de vie : la question du handicap s’immisce dans les discussions(Lemonde.fr, 25 mai 2025)
- "Aide à mourir": des personnes handicapées alertent(Handicap.fr, 26 mai 2025)
- Fin de vie : pourquoi la proposition de loi inquiète certaines associations de défense des personnes handicapées(Le Nouvel Obs, 26 mai 2025)
- Loi sur l’aide à mourir: "Les personnes handicapées ont de légitimes raisons de s’inquiéter"(Faire Face.fr, 27 mai 2025)