Inclusion des enfants handicapés dans les services de garde

À l’approche des élections provinciales, cette lettre ouverte a été publiée par la Table de concertation pour l’inclusion en services de garde des enfants ayant besoin de soutien particulier, région de Montréal (TISGM), dans le Journal de Montréal, le 10 juin 2026.


Au Québec, nous croyons que chaque enfant mérite les mêmes chances dès le début de sa vie. Pourtant, pour de nombreuses familles d’enfants ayant besoin de soutien particulier, cette égalité des chances demeure toujours fragile.

Aujourd’hui encore, certaines réalités restent peu visibles. Une maman qui reçoit trois appels positifs pour une place en service de garde éducatif à l’enfance, mais qui les voit disparaître lorsqu’elle mentionne les besoins de son enfant. Une personne éducatrice qui accueille un tout-petit ayant besoin de soutien particulier, mais qui, faute de temps et de soutien, doit chercher sur son temps personnel des stratégies. Des gestionnaires qui attendent pendant des mois des ressources pourtant essentielles pour maintenir un enfant dans son milieu.

Ces réalités, loin d’être isolées, compromettent l’égalité des chances et privent encore trop d’enfants de la possibilité de participer pleinement à la vie collective dès la petite enfance.

Au cours des derniers mois, la TISGM a mené une vaste consultation nationale auprès de plus de 1 400 acteurs de la petite enfance.

Les données recueillies démontrent une pression grandissante sur l’ensemble des personnes concernées par l’inclusion des enfants. Les délais administratifs s’allongent, l’accès aux milieux de garde et services spécialisés demeure difficile, les mécanismes actuels de financement répondent trop lentement aux besoins et plusieurs familles se retrouvent encore à devoir coordonner seules les services entre les différents réseaux.

Pendant ce temps, les conséquences sont bien réelles.

Des enfants vivent des refus d’accueil ou des interruptions de services. Des parents réduisent leurs heures de travail ou renoncent temporairement à leur emploi. Des équipes éducatives s’épuisent à tenter de maintenir l’inclusion sans ressources suffisantes.

L’inclusion des enfants ayant besoin de soutien particulier ne peut plus reposer principalement sur des solutions temporaires et des mesures accordées au cas par cas. Des changements structurants s’imposent dès maintenant.

C’est dans cette optique que la TISGM et ses partenaires ont élaboré une plateforme de recommandations concrètes et structurantes articulée autour de trois leviers.

1. Donner aux milieux la capacité d’agir signifie notamment offrir des conditions durables : des postes dédiés à l’inclusion, des environnements accessibles et du temps garanti et reconnu pour à la fois la collaboration et la planification pédagogique.

2. Agir rapidement est tout aussi essentiel. Lorsqu’un enfant présente ou révèle des besoins importants ayant un impact sur sa sécurité, les milieux ne devraient pas attendre plusieurs mois avant d’obtenir le soutien nécessaire. Des mécanismes d’urgence simples et rapides sont nécessaires afin d’éviter l’épuisement des équipes et les situations de rupture ou d’exclusion. Les familles et les milieux ne devraient pas non plus avoir à recommencer de longues démarches administratives lorsque les besoins et les incapacités importantes d’un enfant sont déjà connus du réseau de la santé.

3. Agir ensemble devient alors incontournable. Les milieux de garde éducatifs à l’enfance ont besoin de pouvoir compter rapidement sur une personne-ressource du réseau de la santé pour les soutenir dans la prévention, la détection et l’intervention. Mieux connecter les réseaux de la petite enfance, de la santé et de l’éducation permettrait également d’assurer une transition scolaire cohérente et une meilleure continuité des services pour les enfants et leur famille.

À l’approche des prochaines élections provinciales, nous invitons les décideurs à transformer cette volonté collective en engagements concrets pour soutenir véritablement l’inclusion des enfants ayant besoin de soutien particulier.

Parce qu’une société plus inclusive se construit dès la petite enfance !

Véronique Lizotte, coordonnatrice, Table de concertation pour l’inclusion en services de garde des enfants ayant besoin de soutien particulier (TISGM)

Taï Cory, directeur général, Regroupement des CPE de la Montérégie (RCPEM)

Lévis-Simon Carpentier, agent de défense collective des droits, porteur du dossier parents en situation de handicap, Ex-aequo

Lili Plourde, directrice générale, Fédération québécoise de l’autisme (FQA)

Gabrielle Champagne, coordonnatrice à la mobilisation, Ma place au travail

Corinne Vachon Croteau, directrice générale, Réseau pour un Québec Famille

Célia Goodhue, directrice générale adjointe, Regroupement pour la Trisomie 21 (RT21)

Loriana Guliani, directrice, Casiope

Nadia Boudreau, directrice partenariat et développement, Association des haltes-garderies communautaires du Québec (AHGCQ)

Diane Miron, directrice générale, Association québécoise de la garde scolaire (AQGS)

Gabrielle Pratte, postdoctorante et ergothérapeute

Bianca Nugent, présidente, Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec (CPEBPQ)

Christine Duquette, coordonnatrice, J’me fais une place en garderie (JMFPG)

Geneviève Blanchard, co-directrice générale, Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE)

Carmen Dionne, Ph. D., professeure titulaire, Chaire UNESCO Petite enfance et intervention précoce inclusive

Mathilde Pointud, coordonnatrice de projet, Regroupement pour la Valorisation de la Paternité (RVP)

France Laliberté, directrice générale, Intégration Sociale des Enfants en Milieu de Garde (ISEMG)

Amélie Duranleau, directrice générale, Société québécoise de la déficience intellectuelle (SQDI)

Delphine Ragon, coordonnatrice, Parents pour la déficience intellectuelle (PARDI)

Caterine Pelletier, enseignante et superviseure de stages, département Techniques d’éducation à l’enfance, Cégep du Vieux Montréal

Anne-Marie Bellerose, présidente, Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ)

Mariève Gaudet-Péloquin, éducatrice de la petite enfance et instigatrice du mouvement Valorisons ma profession

Chantale Breault, Ph. D., professeure au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal, membre de l’équipe de recherche Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance

Marie Auger, enseignante, département de Techniques d’éducation à l’enfance, Cégep André-Laurendeau

Élise Bonneville, directrice, Collectif petite enfance

Dorian Keller, directeur général, Comité régional pour l’autisme et la déficience intellectuelle (CRADI)

Anne Pelletier, directrice générale, DéPhy Montréal

Claire Lesur, responsable des communications et des projets, Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs (AQEPA)

Yvan Nguyen Van Loc, directeur général, Association québécoise des parents d’enfants handicapés visuels (AQPEHV)

En savoir plus

Publié le 10 juin 2026