Que ce soit à Granby, Cowansville, Ange-Gardien, Farnham ou Frelighsburg, les animateurs et moniteurs de camps possèdent le Diplôme d’aptitude aux fonctions d’animateur reconnu par l’Association des camps du Québec.
L’été, c’est fait pour jouer, chantent les célèbres personnages de Passe-Partout. Et les camps de jour sont l’un des endroits prisés des enfants ayant ou pas des besoins particuliers. Mais de quels outils disposent les animateurs et accompagnateurs pour les accueillir? Quelle formation possèdent-ils pour intervenir auprès de ceux qui nécessitent un plus grand soutien?
Le témoignage anonyme de la mère d’un animateur de camp de jour qui se questionnait sur la formation de ces jeunes employés — la majorité est embauchée à l’âge de 16 ans — a incité La Voix de l’Est à examiner de plus près l’univers dans lequel gravitent des milliers d’enfants et d’animateurs durant la pause scolaire estivale aux quatre coins du Québec.
D’entrée de jeu, les camps, qu’ils soient offerts par la municipalité où vous vivez ou par une entreprise privée, n’ont pas l’obligation de posséder un permis d’exploitation, comme c’est le cas pour une garderie par exemple.
Les exploitants ont également la liberté d’être membres de l’Association des camps du Québec, qui offre une certification à ceux qui respectent plus des 70 normes relatives entre autres à la sécurité, l’encadrement et la formation.
«C’est un enjeu de ne pas avoir de permis. On n’a pas d’appellation contrôlée du mot camp. N’importe qui peut faire ce qu’il veut. Nos camps le savent, mais les parents non. (…) On pense que d’emblée, tous les camps ont des balises à respecter, mais pas nécessairement», expose Anne-Frédérique Morin, directrice générale adjointe de l’Association.
Parmi ces balises, la formation des moniteurs, aussi appelés animateurs selon les camps, et les accompagnateurs, ceux qui sont davantage outillés pour intervenir auprès de la clientèle à besoins particuliers. Ces besoins sont différents et varient d’un tout-petit à l’autre. Il peut s’agir d’enfants ayant un déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, un trouble du spectre de l’autisme, un handicap physique ou une condition médicale nécessitant la prise de médication, par exemple.
Mais quel enfant a besoin de plus d’accompagnement? Tout se joue au moment où une famille l’inscrit au camp et fournit les informations relatives à sa condition. «Pour connaître la réalité de l’enfant, on rencontre les parents, on va être en contact avec les intervenants pour connaître les techniques d’encadrement qui fonctionnent bien et celles à éviter», explique Mme Morin.
Or, il arrive que certains jeunes aient eu besoin d’un accompagnement et se retrouvent dans un groupe régulier, car l’information n’a pas été fournie, donc l’animateur n’a pas pu être formé adéquatement, expose-t-elle.
Que ce soit à Granby, Cowansville, Ange-Gardien, Farnham ou Frelighsburg, les animateurs et moniteurs de camps possèdent le Diplôme d’aptitude aux fonctions d’animateur, le DAFA, reconnu par l’Association des camps du Québec, dont la durée minimale est de 33 heures.
«C’est une formation en animation. Ça couvre assez large: la sécurité, les techniques d’animation, les besoins et les caractéristiques des enfants», résume Mme Morin.
Formation supplémentaire
Un accompagnateur doit également posséder une formation supplémentaire pour mieux comprendre l’aide qu’il aura à apporter aux enfants ayant des besoins particuliers qui lui sont confiés. Des formations peuvent notamment être dénichées à l’externe par l’entremise d’organismes qui œuvrent auprès de cette clientèle.
Certains gestionnaires de camps en offrent davantage aux membres de leur personnel pour s’assurer de bien comprendre les besoins des enfants et mieux les outiller.
C’est le cas au Service des loisirs et de la culture de Cowansville qui a décidé d’en faire plus. Une formation personnalisée de huit heures spécifique aux besoins des jeunes qu’ils accueilleront est offerte. «Si cet été vous avez des enfants avec un trouble du spectre de l’autisme, alors on trouvera les meilleures pratiques, les techniques et les méthodes d’intervention qui sont les mieux adaptées», explique Isabelle Gariépy, responsable aquatique et vie communautaire.
En plus d’une coordonnatrice à la programmation qui gère les deux sites de camp, un intervenant supplémentaire a été embauché pour l’épauler, car les besoins sont de plus en plus grands et les diagnostics, plus nombreux.
Un portrait complet des enfants à besoins particuliers est d’ailleurs dressé, avec l’aide des intervenants du CIUSSS ou de la pédiatrie sociale, si l’enfant est déjà suivi, pour bien comprendre ses besoins.
«En début d’été, nous avons une fin de semaine de planification. Le jeune est rencontré avec son parent, son accompagnateur et l’animateur du groupe dans lequel il sera intégré.» – Isabelle Gariépy
«Il y a des enfants qui ne sont pas inscrits en intégration, mais qui auraient peut-être besoin d’un plus grand encadrement, ajoute-t-elle. Ce que j’entends du terrain, c’est pertinent et c’est bienvenu que l’intervenant soit là en soutien.»
Chez Vie culturelle et communautaire (VCC) de Granby, on priorise, tout comme à Cowansville, de confier le travail d’accompagnateur aux employés qui ont de l’intérêt à œuvrer auprès de la clientèle présentant des besoins particuliers.
«Une personne qui ne voudrait pas travailler auprès d’enfants ayant des besoins particuliers, on ne l’assignera pas. On ne l’impose pas», affirme Mélodie Poulin, coordonnatrice au développement social chez VCC de Granby.
Même son de cloche à la Zone Youhou qui offre des camps de jour, notamment à Farnham et Ange-Gardien.
«On vise des étudiants qui ont un champ d’études ou un intérêt particulier pour ce type de clientèle. On demande que les accompagnateurs fassent aussi le DAFA. C’est un extra qu’ils ne font pas dans tous les camps, mais chez nous, ils le font, comme ça ils sont bien outillés.» – Frédéric Lanoue, directeur de la programmation
Plusieurs gestionnaires questionnés par La Voix de l’Est reconnaissent que la formation pourrait être bonifiée pour les accompagnateurs. «Dans un monde merveilleux, on donnerait plus de formation, estime Mme Poulin. Et on aurait des techniciens en éducation spécialisée. (…) C’est sûr que ça pourrait être plus, mais on est déjà au-dessus de la norme.»
Camps de répit et de jour : deux services distincts
Par ailleurs, il ne faut pas confondre camp de jour et de répit, des services qui ne s’adressent pas à la même clientèle. Du côté de Frelighsburg, le camp Garagona propose les deux.
«Il y a des gens qu’on accueille dans des groupes réguliers, et quand les camps de ville ne sont pas outillés pour les accompagner, souvent on se retrouve à être leur dernier recours. On est capable d’avoir cette expertise», explique Julien Jean-Desnoyers, directeur général intérimaire.
Ancien coordonnateur des programmes, il estime que la ligne est parfois mince pour déterminer si les besoins d’accompagnement sont plus grands pour un enfant.
«Il y a tout un enjeu de savoir jusqu’à quel point un camp de jour de ville doit mettre en place des trucs pour aider les jeunes qui nécessitent plus de soutien. La limite est floue. C’est du cas par cas.» – Julien Jean-Desnoyers
Leur camp s’adresse aussi aux adultes atteints d’une déficience intellectuelle ou d’un trouble du spectre de l’autisme pour des séjours avec hébergement de quatre à 10 jours. «On s’adapte à eux plutôt que ce soit eux qui s’adaptent à nous. Ce doit être des vacances pour eux. Ils doivent reposer leur cerveau», illustre M. Jean-Desnoyers.
«On peut l’appeler camp de répit, mais c’est un autre enjeu, poursuit-il. Il y a plusieurs façons de percevoir un répit. Il y en a que c’est un congé pour la famille alors que pour d’autres, ce sont des critères particuliers. Un camp de vacances comme le nôtre, c’est du loisir, mais ça donne aussi un répit à la famille.»
Qu’en est-il de la formation offerte aux moniteurs? Plutôt que d’offrir le DAFA à ses employés qui travaillent avec la clientèle adulte, le camp a élaboré une formation sur mesure d’une durée de 60 heures.
«On a une partie qui permet de comprendre l’intervention, comment fonctionne le cerveau avec une déficience intellectuelle, quelles sont les meilleures méthodes d’intervention. Il y a aussi un aspect sur les soins de la personne pour la douche, brosser les dents et aller à la salle de sains», détaille-t-il.
Tous les animateurs du camp régulier offert aux populations de Dunham et Frelighsburg font également de l’accompagnement. En plus de leur formation DAFA, ils sont formés sur ce que sont le trouble du spectre de l’autisme et la déficience intellectuelle.
Rareté
Des camps spécialisés comme celui-ci ne courent pas les rues. Et la pénurie de main-d’œuvre accentue leur rareté. Le camp Garagona, qui offre aussi du répit à l’année durant les fins de semaine, est à 60 % de sa capacité d’accueil en raison du manque de personnel.
Et ces séjours sont plus onéreux que ceux de camps réguliers. Celui offert aux adultes coûte plus de 1300 $ pour 10 jours, tandis qu’un camp de jour régulier se détaille 90 $ pour une semaine. La facture est assumée par l’utilisateur par l’allocation d’aide sociale qui lui est versée ou l’allocation de soutien de la famille.
Zone Loisir Montérégie, qui dispose d’une enveloppe budgétaire qu’elle distribue aux différents camps, aide les gestionnaires à accomplir leur mission, mais les sommes sont nettement insuffisantes.
«Notre service à nous a coûté 40 000 $ avec des accompagnateurs l’été dernier. On a reçu 8000 $ de Zone Loisir Montérégie. Un déficit de 32 000$ pour un OBNL comme nous, ça fait mal. Et ce n’est pas de leur faute», conclut Julien Jean-Desnoyers.