Obstacles à l’activité physique pour des aînés en HLM

Les conditions pour inciter les personnes âgées à bouger sont très inégales d’un HLM à l’autre.

Les personnes âgées qui vivent dans des habitations à loyer modique (HLM) comptent parmi les populations les plus marginalisées de la société, tant sur les plans de la santé mentale que physique. Selon Kadia Saint-Onge (Ph.D. psychologie, 2021), très peu d’aînés en HLM s’approchent des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, soit de faire 150 minutes d’activité physique par semaine. « Bien que l’on n’ait pas de données spécifiques pour cette population, on sait que les personnes ayant un niveau socioéconomique plus faible sont moins actives que les autres, souligne la docteure en psychologie. On sait aussi que parmi toutes les tranches d’âge, ce sont les personnes âgées qui sont les moins actives. »

Kadia Saint-Onge a réalisé sa thèse sur l’activité physique des aînés en HLM sous la direction de Janie Houle, professeure au Département de psychologie, et de Paquito Bernard, professeur au Département des sciences de l’activité physique. Dans le cadre de son doctorat, elle a réalisé une vingtaine d’entrevues dans différents HLM pour aînés de la région montréalaise. « Mon objectif était de comprendre comment ils perçoivent l’activité physique et ce qui fait que c’est facile ou difficile de bouger dans leur environnement pour que les messages sur l’importance de l’activité physique leur soient utiles plutôt qu’oppressants », mentionne celle qui est aussi chargée de cours au Département de psychologie et stagiaire postdoctorale au Centre de recherche du CHUM.

Différences individuelles et globales

Son étude a révélé une grande diversité de cas. « J’ai rencontré une dame de 93 ans qui faisait sa marche tous les matins et un homme de 76 ans qui jouait encore au tennis, raconte-t-elle. À l’inverse, beaucoup de gens dans la soixantaine n’avaient aucunement envie de bouger. Ils s’estimaient être en fin de vie et voulaient simplement qu’on les laisse tranquilles. »

Au-delà des différences individuelles, Kadia Saint-Onge a observé un contraste marqué d’un HLM à l’autre. Certains sont situés dans des environnements isolés, loin de tous les services, ce qui ne favorise pas du tout la marche. « Dans un HLM de l’est de Montréal, par exemple, ça prend 20 minutes pour aller au dépanneur, qui est le service le plus près, et il n’y aucun trottoir pour s’y rendre, déplore la docteure. Dans un autre, se rendre au terrain de pétanque à côté de l’immeuble est périlleux, parce que la pente n’est pas adaptée aux gens qui souffrent d’arthrite ou qui ont des problèmes de hanches. »

D’autres sites proposent un espace réservé à l’activité physique, mais l’absence d’encadrement rend cet espace quasi futile. « Dans le sous-sol d’un HLM, on mettait à la disposition des locataires des vélos stationnaires, des elliptiques, des tapis roulants et des appareils de musculation, dit-elle. Même s’il y avait des affiches pour expliquer la procédure, plusieurs personnes ayant un niveau de littératie peu élevé m’ont dit qu’elles ne se sentaient pas en sécurité de s’en servir sans supervision. »

Dimensions interdépendantes

Kadia Saint-Onge a observé que les relations sociales étaient un facteur déterminant dans la pratique de l’activité physique. « Les locataires qui ont développé des relations positives bougent plus, que ce soit pour aller faire le tour du pâté de maisons en groupe ou pour se rendre à un banc de parc pour discuter. Quand il y a des tensions sociales au sein d’un HLM, les personnes âgées ont tendance à s’isoler. »

L’entourage des aînés peut aussi avoir un impact sur leur motivation à bouger. « J’ai entendu des enfants qui décourageaient leur parent de faire telle ou telle chose pour faire attention à leur cœur, mentionne-t-elle. Or, il n’y a rien de mieux que l’activité physique pour être en bonne santé, à condition de ne pas en faire de manière excessive. »

Kadia Saint-Onge a identifié six dimensions dans lesquelles s’inscrivent la perception de l’activité physique : les dimensions physiologiques, émotionnelles, interpersonnelles, occupationnelles, intellectuelles et existentielles (ou spirituelles). « Le problème de l’inactivité physique chez les aînés en HLM ne se réglera pas en se concentrant sur un seul aspect, estime la docteure. Il faut développer une approche intersectorielle qui implique tout le monde, des gestionnaires de HLM aux élus municipaux en passant par la famille et les individus eux-mêmes. »

Publié le 25 août 2022
Par Jean-François Ducharme