Difficile, comme personne handicapée visuelle, de tenir quelque chose pour acquis. Des gestes simples peuvent devenir du jour au lendemain impossibles à réaliser, parce qu’un changement chamboule les manières de faire. Vous me demandez des exemples?
Entrer chez moi après une journée de travail est un geste quotidien que j’effectuais avec facilité. Je sortais du transport adapté et me dirigeais vers le lobby de mon immeuble.
Depuis l’installation d’une piste cyclable, les choses sont beaucoup plus dangereuses… et cela s’est fait du jour au lendemain, sans avertissement.
Comprenez donc mon inquiétude quand Élections Canada a annoncé que, pour l’élection partielle de Terrebonne, il faudrait inscrire le nom ou les initiales du candidat ou de la candidate.
Voter de manière autonome est un gain que les personnes handicapées visuelles ont obtenu après un long combat. Élections Canada fournit un accompagnement humain, mais c’est nous qui posons le fameux X, seuls et de manière confidentielle, grâce à un gabarit braille. Mais un gabarit braille ne permet pas d’écrire un nom. Après avoir remué ciel et terre pour obtenir de l’information, j’ai compris que je devrais venir accompagnée, ou qu’une personne employée d’Élections Canada pourrait écrire le nom pour moi. Les bras m’en sont tombés.
Cet accommodement, prévu pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles ne leur permettant pas de tenir un crayon ou de faire un X, est très important, mais il ne répond pas aux besoins d’une personne aveugle.
Une personne ayant une limitation motrice peut valider si la personne a inscrit le bon nom. Moi, je ne le peux pas. Et c’est pourtant un fondement de notre démocratie.
Quand j’ai commencé à voter il y a 40 ans déjà, je donnais mon vote à voix haute, devant une personne d’Élections Canada et devant tous les partis présents au bureau de vote, pour s’assurer que mon vote allait bien au bon parti. Un processus très désagréable et pas du tout confidentiel. Une pratique qui a cessé il y a environ 25 ans, quand nous avons eu des gabarits braille et que nous avons pu voter de manière confidentielle.
Je crois comprendre que le plan d’Élections Canada ne requiert pas la présence des différents partis. On prend donc en considération l’impossibilité d’écrire, mais pas celle de valider son vote.
Je comprends les enjeux liés à la taille des bulletins de vote, mais la décision prise par Élections Canada nous prive de la possibilité de voter de manière autonome.
Pour l’instant, cette façon de faire touche Terrebonne, mais quel est le plan pour le futur ? Demandez-vous comment vous vous sentiriez si vous deviez donner votre choix à voix haute sans possibilité de valider que ce choix a bien été inscrit. Maintenant, demandez-vous pourquoi les quelque 320 000 personnes handicapées visuelles du Québec devraient vivre cela.