Qui possède la légitimité démocratique de parler au nom des organismes communautaires ?

Temps de lecture estimé : 3 minutes.

Nous réagissons à la chronique de M. Pinard intitulée Lutte contre la pauvreté | L’année de la collaboration ? parue dans La Presse le 20 février 2023. Nous sommes d’accord qu’en matière de lutte à la pauvreté, « il est primordial de reconnaître l’expertise [des groupes communautaires] en les amenant à la table de discussion ». Toutefois, reconnaître les organismes qui travaillent par, pour et avec les personnes en situation de pauvreté, marginalisées et vulnérabilisées va de pair avec la reconnaissance des représentants qu’ils ont mandatés démocratiquement : les regroupements d’organismes communautaires. Nous posons donc cette question : les bailleurs de fonds philanthropiques ont-ils la légitimité de parler au gouvernement au nom des groupes communautaires ?

Dans le cadre des consultations prébudgétaires qui se déroulent actuellement, et celles à venir pour réactualiser le Plan d’action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, Centraide réclame d’avoir voix au chapitre pour porter les besoins des organismes communautaires. « Si le deuxième investisseur sociocommunautaire en importance au Québec n’est pas consulté, quelles sont les chances que les plus petits organismes le soient ? ».

Le rôle des regroupements communautaires, comme le RIOCM est justement de représenter tous les groupes, les plus petits comme les plus grands, qu’ils soient bien ou moins bien financés. Le milieu communautaire a sa propre structure de représentation démocratique, du local au national, en passant par le régional. Les groupes se concertent en coalition, par secteur ou par problématique. Ils détiennent leurs propres mécanismes pour faire circuler leurs voix du terrain au national. Le rôle de représentation de leurs regroupements est même reconnu et financé par l’État. Ils portent les besoins identifiés démocratiquement par les groupes et les personnes en situation de vulnérabilités qui les fréquentent. Ils déposent des mémoires lors des consultations, participent à des comités de travail avec le gouvernement, rencontres les élus et font entendre leur voix jusque dans la rue. Ils participent aux débats de société, afin de faire avancer la justice sociale.

Les organismes communautaires n’ont pas besoin d’un intermédiaire, en l’occurrence un bailleur de fonds, pour les représenter. Si un message devait être transmis au gouvernement du Québec, ce serait d’écouter les regroupements communautaires. Seulement à Montréal, les organismes communautaires en santé et services sociaux ont besoin de 110 millions supplémentaires par année pour leurs activités de base. C’est la mission même des organismes d’action communautaire de définir, avec les personnes directement concernées, soit les personnes en situation de pauvreté, leurs besoins et les solutions qui devraient être mises en place pour s’attaquer aux causes réelles des inégalités.

* Le RIOCM compte plus de 350 membres, des organismes communautaires de Montréal œuvrant principalement en santé et services sociaux. Il est entre autres interlocuteur privilégié du milieu communautaire auprès du réseau de la santé montréalais.